
25.03.2025 Moselle – France : Un homme de 36 ans a été condamné mardi par le tribunal correctionnel de Metz à quatre ans de prison pour des faits de proxénétisme à l’encontre d’une mineure, et pour soustraction de jeunes filles d’un foyer de l’Aide sociale à l’enfance (ASE).
– Ce procès vient illustrer l’explosion du phénomène de prostitution des mineures dans l’Hexagone.
En Moselle, où un comité de suivi des situations de prostitution des mineurs a été mis en place fin 2023, 34 de ces situations ont été mises au jour au 1er janvier 2025 (deux garçons et 32 adolescentes). Un chiffre bien en deçà de la réalité, tant il est complexe de déceler ces faits.
« Il y a des mineurs qui tombent dans la prostitution par le biais d’un réseau, mais bien souvent c’est une approche qui se fait en plusieurs temps », expliquait en janvier François Pérain, procureur général près la Cour d’appel de Metz.
Les victimes peuvent être entraînées par « un petit ami » ou même des « amies ayant elles-mêmes été prostituées », le plus souvent entre 14 et 16 ans, détaille le magistrat.
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Le procès qui s’est tenu en février devant le tribunal correctionnel de Metz ne peut qu’attester ces propos : à la barre, un homme de 36 ans, réfugié afghan, à qui il était reproché de recevoir des jeunes filles mineures dans son appartement, où elles étaient prostituées.
L’instigatrice, qui pouvait attirer d’autres jeunes filles dans ses griffes ? Une jeune du foyer, qui découchait et fuguait régulièrement, et fut un temps la petite amie du prévenu.
Plus tard, elle a témoigné, déclarant que le mis en cause attirait les jeunes filles près du foyer avec « de l’alcool, de la drogue » avant de les enfermer « dans sa tanière pour les prostituer ». Il a été relaxé des faits de proxénétisme à son encontre en raison de dates erronées mais condamné pour avoir prostitué une autre mineure du foyer.
« Continuum de violence »
Si dans les foyers, des éducateurs peuvent effectuer des signalements, la prostitution reste bien présente ailleurs. « Les profils sont extrêmement variés (…) Il y a des jeunes filles qui viennent des quartiers populaires, mais il y a également des jeunes filles qui viennent de milieux aisés », note encore le procureur général.
Parmi les 34 situations connues des services compétents, tous les mineurs ont « vécu de la violence intrafamiliale et/ou des agressions sexuelles avec une forme de continuum de violence », avait conclu le comité de suivi de ces situations lors d’une conférence de presse en janvier, un an après sa mise en place.
Ils ont aussi en commun de connaître des « problèmes relationnels antérieurs, souvent avec un parent », et de « développer une addiction aux stupéfiants dès l’entrée dans la prostitution ».
Mais sur le moment, et parfois pendant plusieurs années, ces jeunes ne se « considèrent pas comme victimes », pointe Géraldine Grillon, conseillère déléguée à la protection de l’enfance. Ils sont dans le « déni » et « refusent de toute façon d’évoquer » la situation. Les proxénètes peuvent aussi les menacer, les incitant à garder le silence.
« Montée en puissance du phénomène prostitutionnel »
La création d’un comité de suivi de ces situations en Moselle répondait au constat qu’« il s’agissait d’un phénomène important, beaucoup plus important qu’il n’y paraissait », a détaillé M. Pérain, estimant qu’il pourrait toucher « plusieurs dizaines voire plusieurs centaines » de mineurs dans le département.
Il y a une « montée en puissance du phénomène prostitutionnel » en Moselle « comme sur l’ensemble du territoire », a constaté le comité, avec même une augmentation, notamment l’été dernier et d’une manière générale durant les « évènements sportifs internationaux qui ont eu lieu en France », pointe Élise Dalstein-Chenal, directrice prévention du département.
Et « un suivi (d’une situation) peut durer des années. Sortir un mineur de la prostitution, ça prend énormément de temps », rappelle M. Pérain. Un exemple cité a pris plus de deux ans, avec un déménagement contraint de la victime dans un autre département.
Cela demande aussi des moyens dont ne disposent pas forcément les enquêteurs, avec des investigations longues, notamment sur les réseaux sociaux, pour débusquer des proxénètes. Au procès, Laura Cassaro, avocate de l’une des parties civiles, a insisté sur le besoin, pour la victime, d’« être protégée ». Le suivi est désormais étendu, dans le département, aux jeunes jusqu’à 21 ans, plus seulement jusqu’à leur majorité.